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Guérir de la dépendance affective

Il y a deux semaines je vous annonçais mon intention, issue d’un besoin criant en moi, d’être bien, vraiment bien, de moi à moi, indépendamment du reste, et surtout – soyons claire ! – de ma relation amoureuse. Deux semaines c’est court pour entériner une telle révolution mais suffisant pour l’enclencher et observer les prémices du changement. Et pour que vous compreniez bien, et que, peut-être, vous puissiez vous reconnaître et vous sentir soutenu-e sur ce chemin que nous sommes nombreux à emprunter, je vais démarrer par un peu d’historique. Ce sera pas trop long, promis !  

Je reviens de loin dans ce qu’on appelle la dépendance affective… Ouh, que je hais ces mots ! Les pauvres, en tant que tels, il ne m’ont rien fait… Ce sont celles qui les ont prononcés à mon encontre qui m’ont « fait » quelque chose… Car personne ne peut comprendre ce que signifie la dépendance affective, ses mécanismes, ses enjeux et sa puissance, si elle ne l’a pas éprouvée elle-même. De cette vérité résulte que celles qui en parlent sont précisément celles qui ne la connaissent pas et se laissent ainsi aller à proférer des injonctions vides -  « Tu es trop dépendante, il faut travailler là-dessus », « Tu devrais apprendre à t’aimer, comme ça tu ne dépendras plus de l’autre », « c’est sûr que s’il sent que tu es dépendante, ça va le faire fuir » - qui démontrent leur ignorance. Car, si le fond de ces phrases est valide, le fait de les asséner comme une réponse évidente et facile au problème ne produit que plus de frustration pour celle qui les reçoit. La dépendance affective dépasse ses victimes. Il s’agit d’une maladie, oui oui, une maladie… affective. Dire à quelqu’une « tu ne devrais pas être dépendante » ou toute autre version un peu plus déguisée a aussi peu de sens que de dire « tu ne devrais pas avoir de cancer ». Comme ce mal, elle est un symptôme non une cause. Je ressens profondément le besoin de participer à faire cesser les clichés et à dévoiler la souffrance immense que cache ce diagnostique si facile à poser. Car les symptômes sont limpides, les mécanismes profonds beaucoup moins.

 Il y a bien longtemps que j’ai compris que je souffrais de « dépendance affective », et c’est seulement avec la découverte du Focusing que j’ai vu en moi où était la racine du mal. J’ai vu que tous mes élans à m’accrocher désespérément à l’autre – amie, famille ou amoureux – et à lui imposer mes attentes inatteignables, procédaient d’une seule et même racine : je n’existe pas. Là où il y aurait eu un sentiment d’existence, de légitimité et de plaisir à être si j’avais grandi avec des attachements émotionnels sécures, il n’y a que du vide. Là où le regard de mon père, s'il avait été présent, m’aurait révélé mon existence, et ainsi permis de me sentir moi-même et d’être bien avec cela, il n’y a que du vide. La personne dépendante affective n’a pas reçu le regard fiable d’un parent, ce regard qui insuffle à l’enfant le sentiment de sa propre existence. Si je dépends de l’autre, c’est que je n’existe pas à mes propres yeux. La profondeur du mal est là, dans le sentiment même de ma propre existence en tant qu’individu. Cela peut être difficile à comprendre si vous n’avez pas personnellement ressenti ce vide de vous-même. Mais il faut, à mon sens, bien le comprendre avant de prononcer les mots « dépendance affective ». Il faut avoir conscience de ce dont on parle.

Je crois désormais qu’acquérir le sentiment profond de ma propre existence une fois adulte est possible. Il y a encore deux semaines je n’arrivais pas à voir cette possibilité car je ne sentais pas la racine du mal, je ne pouvais donc pas agir dessus. J’essayais depuis tant d’années de traiter les symptômes à force de volonté, sans succès. La volonté qui n’émane pas du contact direct avec la cause réelle du problème ne peut rien face à la dépendance affective. Le mal est trop profond, il la surpasse de très loin. Je vivais parfois des petites victoires de surface, seulement pour retomber dans le plus grand découragement peu de temps après. Car je n’avais pas ressenti en moi la cause primaire de mon malheur. Puis, il y a deux semaines, mon amoureux m’a quittée. Brutalement, sans évènement notable. Alors que la veille encore il disait m’aimer. Alors que nous venions de passer quatre jours merveilleux en amoureux à Rome. Alors qu’il n’avait laissé paraître aucun doute sur notre relation. Le choc a été si brutal qu’il m’a fait contacter la racine du mal. La perte soudaine et inexplicable m’a fait tomber au fond de moi et j’y ai vu le vide. J’ai vu et ressenti dans mon corps tout entier que je n’existais pas pour moi-même. En même temps que j’ai contacté cette souffrance indicible, une détermination à la hauteur de cette souffrance a surgit en moi : je ne peux plus continuer à vivre comme ça. C’est trop douloureux. C’est décidé, je vais trouver le chemin.

La rupture a duré quatre jours puis nous nous sommes progressivement retrouvées et résolues à repartir sur de nouvelles bases. Il a des nouveaux chemins à trouver en lui, et j’ai à trouver le sentiment heureux de ma propre existence, pour cesser de faire reposer tout mon bonheur sur la relation, mais surtout parce que j’ai trop souffert de ne pas l’avoir et que je ne veux plus vivre ainsi. La volonté qui vient de la prise de conscience est extrêmement puissante. Je la sens à présent plus forte que le mal lui-même. C’est le contact conscient avec la racine du mal qui a enclenché la guérison. Dans mon expérience, toute autre démarche volontariste qui ne repose pas sur une prise de conscience réelle ne fait que renforcer le mal en nous mettant face à l’incompréhension et à notre impuissance à guérir. La guérison est un processus naturel qui se déroule lorsque j'établis un contact conscient avec la racine de ce qui me trouble. C’est ce que nous enseigne le Focusing.

Sans cette pratique qui me fait toujours retourner mon regard vers moi, c’est-à-dire contourner toutes les tentations à projeter la faute sur l’extérieur, j’aurais pu passer à côté de l’enseignement de cette situation de vie douloureuse. Qu’il aurait été facile de me limiter à « c’est qu’un salaud, comme tous les autres », sans m’interroger sur moi-même. J’avais quelque chose de primordial à comprendre et c’était si difficile pour moi qu’il a fallu une grande douleur pour que j’arrive finalement à le voir. J’en suis très reconnaissante. Je sens que le choc a été salvateur et qu’il a enclenché en moi la reconstitution de mon sentiment d’existence. Le chemin n’est pas terminé et je suis heureuse d’avoir finalement le soutien de mon amoureux pour l’entreprendre. Je crois que la vie fait parfaitement les choses finalement, quand je la laisse faire.

Alors concrètement, qu’est-ce qui se passe, une fois la prise de conscience réalisée ? Est-ce que toute ma réalité intérieure a changé d’un coup d’un seul ? Est-ce que tous les mécanismes de la dépendance affective se sont évanouis ? Bah non, évidement ! Je les sens encore. Ce qui a changé c’est que la prise de conscience a fait naître en moi la nécessité absolue de construire des bases solides à l’intérieur et à l’extérieur de moi. Et c’est, très concrètement, sur cela que je m’appuie au quotidien. J’aimerais réussir à vous décrire ce sentiment. Voyons comment ça fait en Focusing… C’est comme une immense boule de feu dans mon dos, à peu près au milieu. C’est une énergie d’action que je sens me pousser en avant. Elle contient comme un encouragement puissant, un soutien indestructible. C’est comme un coach intérieur super puissant qui me donne à la fois l’énergie physique et la foi pour avancer. Voilà, c’est ça qui a éclos en moi tout à coup alors que je touchais le fond de ma souffrance de ne pas me sentir exister. Cette boule de feu me dit en permanence « mais bien sûr que tu as tout ce qu’il faut pour te construire la vie que tu veux, tu n’as besoin de personne en particulier pour cela. Regarde toutes les ressources que tu as. ». Elle rit, avec beaucoup de bienveillance, de mes doutes. Cette boule c’est une nouvelle part de moi, pour qui la seule pensée que je ne peux pas faire telle ou telle chose, voyager seule par exemple, ou plus globalement vivre de la façon dont j’en ai envie, est risible. Car me construire le sentiment d’exister c’est quelque chose de concret. C’est pas par la méditation ou la visualisation que ça passe. Cette nouvelle part de moi me pousse à faire les choses. Elle me pousse à agir avec intelligence et pragmatisme. Elle est très terre-à-terre et intrinsèquement optimiste… et joyeuse, je la vois rire tout le temps.

Avec elle, je ne peux plus m’apitoyer sur ce qui n’a pas fonctionné avant. Elle me montre que je n’ai jamais été uniquement dépendante affective. Il y a toujours eu des espaces, des moments, des situations dans lesquelles je ne réagissais pas à partir du manque ou du besoin de validation de l’autre – Gardons-nous bien de limiter qui que ce soit à l’un de ses troubles ! – Si vous vous sentez « dépendante affective » ou si vous reconnaissez les symptômes chez une de vos amies, au lieu de les lui faire remarquer, amenez plutôt son attention sur tout ce qui dans sa vie n’est pas pris dans la maladie, tout ce qu’elle nourrit en dehors de ses relations, toutes les fois où elle a fait preuve d’indépendance, tout ce qu’elle a réussit par elle-même, tout ce qui lui procure du plaisir et de la satisfaction, d’elle à elle. Aidez-la à se rendre compte de sa force, de sa capacité de résilience et de son indépendance. C’est ce que ma boule de feu fait pour moi. J’ai une immense gratitude pour elle.

Si je reste encore à son contact, je sens une autre dimension émaner d’elle… Si je l’écoute attentivement, j’entends : « Habite-toi vraiment. Valide-toi. Moi je te valide. Fait passer ton propre jugement à ton égard au-dessus de celui des autres. Appartiens-toi. Cesse de t’abandonner aux autres. »… Chacun de ces mots fait résonner en moi la sensation de ce à quoi il m’invite. J’en ressens certains mieux que d’autres. « Habite-toi » me fait me sentir habitée de moi-même. « Valide-toi »…j’ai du mal à le sentir celui-là, j’ai du mal à me sentir me valider.   « Cesse de t’abandonner aux autres. »… C’est cela que fait la dépendance affective, elle m’a fait m’abandonner aux autres, me quitter totalement moi-même, ne même plus ressentir qui j’étais, m’effacer à mes propres yeux au profit de ce que l’autre veut et ressent. « Je ne suis pas l’autre. Je suis moi. » Ces mots émanent d’une nouvelle sensation de frontière entre moi et l’autre, sensation que je n’avais, jusqu’à aujourd’hui, pas beaucoup ressentie.

Je vois se dessiner en moi les bases de l’indépendance affective : ressentir mes frontières propres et sentir ce qui existe et vit à l’intérieur de ces frontières – Moi, mon individualité, à chérir, de moi à moi et dans mon lien à la vie.

Dans mon nouveau chemin d’indépendance affective, j’ai décidé de passer trois jours seule dans le sud cette semaine. Je me suis dit que la mer m’aiderait à me sentir emplie de ma propre existence au sein de la Vie. Je suis arrivée hier et en effet je me sens remplie et je savoure pleinement ma solitude.

Qu’il est bon de me sentir habitée de moi-même… Et ce n’est qu’un début !
 


 
 
 

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